By: Anne-Sophie Blanchard Breton On: avril 12, 2019 In: Assurances, Transports Comments: 0

Et si le marché de l’assurance automobile des particuliers s’apprêtait à baisser plus vite que ce que les professionnels du secteur anticipent ?

Vouloir « jouer les Cassandre » est toujours une position délicate, non pas tant car nous ne sommes généralement pas écoutés, mais parce que la probabilité d’avoir tort est forte.

Quand on écoute aujourd’hui les assureurs, l’impact attendu des voitures autonomes sur l’assurance automobile ne se fera pas sentir avant 30 ans ! Et le sujet est d’importance : l’assurance auto représente toujours une part majeure du chiffre d’affaires des assureurs. En effet, l’assurance auto représente 39% du chiffre d’affaires IARD, et ce pourcentage atteint 56% si on se limite au marché des  particuliers1. Si l’assurance automobile tousse, c’est l’assureur qui s’enrhume !

Notre visite au CES, et donc au cœur du temple de la voiture, a battu en brèche nos analyses tant un alignement des astres, sur la sécurité automobile et le changement de comportement des consommateurs, est en train de se dessiner. Les premiers effets seront palpables, sans doute d’abord évidemment aux Etats-Unis et ensuite dans les autres marchés, dont l’Europe, au mieux dans 10 ans et au pire dans 5.

Premier astre qui se présente

Les premiers accidents des Google cars ont eu raison de la confiance des consommateurs dans la technologie.

Selon une étude de l’AAA (American Automobile Association) menée en 2018, 73% des conducteurs américains ne veulent pas laisser la main aux voitures autonomes ni même y monter !

En conséquence de cela, les constructeurs automobiles ont rapidement revu leur stratégie de plusieurs manières :

  • Ils utilisent les technologies déjà développées pour la voiture autonome et les injectent dans les gammes qu’ils vont commercialiser pour augmenter leur niveau de sécurité et d’anticipation des évènements, en assistance des conducteurs.
  • Ils ralentissent leurs recherches sur la voiture 100% autonome : PSA a notamment annoncé il y a quelques jours qu’il ne développerait pas de fonctionnalités d’autonomie au-delà du niveau 3 (voiture semi-autonome qui laisse l’humain reprendre le volant à tout moment)2 pour les véhicules particuliers, et la presse américaine affirme qu’Apple a récemment revu à la baisse Titan, son projet de véhicule autonome3.

Ce qui signifie concrètement que la « smart car » (voitures autonomes de niveau 1 à 3) devient le nouveau paradigme des constructeurs et équipementiers automobiles, que ce soit historiquement de la part des acteurs premium (Volvo, Mercedes, BMW, Audi…) mais aussi, fait nouveau, de la part des marques plus grand public.

Ainsi, Ford, le Renault ou le Peugeot des Américains, a annoncé qu’à partir de 2022, toutes les Ford commercialisées aux Etats-Unis communiqueront avec les feux tricolores, les piétons et les autres voitures, grâce à des systèmes de communication reposant sur la 5G4.

Toyota, de son côté, a présenté Toyota Guardian, une technologie qui permet au conducteur d’éviter les accrochages grâce à des capteurs positionnés sur le toit du véhicule.

Nissan enfin, avec sa technologie « Invisible to visible », permet une visualisation en réalité augmentée de l’environnement de conduite, permettant par exemple d’afficher des informations sur les lieux que l’on traverse, ou encore d’indiquer la présence d’un piéton encore invisible au coin d’une rue5.

Sachant que 96% des accidents de la route sont liés à des facteurs dits « d’erreur humaine » (accidents causés par la fatigue, la perte de concentration, l’ivresse…), il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences positives de l’avènement de la voiture intelligente ou semi-autonome sur la sinistralité (Source : CNPSR 2017).

Qui dit baisse progressive et croissante de la sinistralité, dit baisse des cotisations automobiles. Une étude menée en 2015 par le BCG démontrait d’ailleurs que la première raison pour laquelle les conducteurs étaient intéressés par les voitures semi-autonomes n’était pas l’amélioration de la sécurité mais la potentielle baisse du coût de leur assurance induite par la baisse des accidents. D’ailleurs, les acteurs qui ont déjà commencé à se lancer sur le marché l’ont anticipé : l’assurance lancée par Allianz en 2016 spécialement conçue pour les véhicules semi-autonomes présente un tarif d’environ 25 à 30% moins cher qu’une assurance traditionnelle.

Nous entendons d’ici l’argument que pourraient nous opposer les experts de l’assurance automobile : « avec un parc de près de 40 millions de véhicule, un âge moyen des véhicules de 8,9 ans et seulement 2,1 millions de voitures neuves vendues chaque année, la baisse de la sinistralité n’est pas pour demain ! ».

Et c’est là que l’alignement des astres se dessine

La manière des Français de consommer l’automobile est structurellement en pleine évolution pour se rapprocher des caractéristiques du marché américain. Nous sommes collectivement en train de passer de la propriété à l’usage.

En 2018, 73% des immatriculations de véhicules neufs pour les particuliers ont été financés en LOA et LLD (Source : ASF 2017). Il y a tout juste 3 ans, il s’agissait quasiment de la même proportion mais en crédit classique. Ainsi, 73% des acheteurs de véhicules neufs en France vont potentiellement changer de véhicule dans les 3 ou 4 prochaines années du fait de la fin de leur location.

Par conséquent, du fait de son accessibilité et du développement de moyens de financement favorables au renouvellement rapide du parc automobile, la « smart car » a toutes les raisons de se démocratiser, et ce, à horizon beaucoup plus proche que 30 ans. La boucle est bouclée ! Haro sur la sinistralité !

Nous entendons d’ici, là aussi, l’argument que pourraient nous opposer les experts de l’assurance automobile : « qui dit « smart car », dit véhicule plus cher à réparer si celui est accidenté par un véhicule non-intelligent. D’où une augmentation des cotisations ».

C’est ici que le 3ème astre s’aligne

La loi d’orientation sur les mobilités (LOM) qui prévoit d’ouvrir à la concurrence la vente des pièces détachées en espérant faire mécaniquement baisser le prix de celles-ci (de 6% à 15% selon l’Autorité de la concurrence).

En résumé : la part croissante dans le parc automobile des véhicules intelligents permettant d’éviter des accidents, une baisse induite de la sinistralité, des véhicules moins chers à réparer… Augmenter les cotisations d’assurance pour assurer la croissance de leurs chiffres d’affaires ne sera plus chose aussi aisée que par le passé pour les assureurs.

En enfin, 4ème astre beaucoup plus lointain dans la galaxie

Avec le développement de l’autopartage et des services de VTC, la nécessité de posséder une voiture, du moins quand on vit dans une métropole, tend à diminuer.

Un phénomène qui concerne en particulier les jeunes populations, de moins en moins enclines à devenir propriétaires de leur véhicule (seulement 28% des jeunes Américains imaginent un jour être propriétaires de leur véhicule d’après une étude menée par Zipcar). Idem en France où plus de la moitié des personnes de moins de 43 ans utilisant des services de VTC disent s’interroger sur l’utilité pour eux de posséder une voiture (Source : Deloitte 2019). Un nouveau phénomène risque donc de se dessiner : la baisse du parc automobile.

Pour conclure, si nous revenons sur terre, un certain nombre de cumulo nimbus apparaissent dans le ciel du marché de l’assurance automobile. Et si nous étions prévisionnistes chez Météo France, nous instaurerions le niveau de vigilance jaune : « Soyez attentifs, des phénomènes dangereux peuvent subvenir occasionnellement et localement. Tenez-vous au courant de l’évolution de la situation ».

Sebastien Mahieux Bibé, AVEC L’ÉQUIPE VERTONE CES 2019

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