By: admin On: novembre 17, 2015 In: Energie & Environnement Comments: 0

Le Congrès Gazelec est le rendez-vous annuel des acteurs concernés par l’ouverture des marchés de l’énergie à la concurrence en France. Nous y participons depuis plusieurs années et  vous livrons notre retour sur les échanges qui ont marqué la dernière édition des 13 et 14 octobre 2015.

Nous vous proposons une lecture en deux parties, d’une part sur le marché de l’électricité, et d’autre part sur le marché du gaz, et illustrée par les tweets postés.

Marché de l’électricité : une ouverture à la concurrence encore frileuse … le plus dur reste à faire

Où en est l’ouverture du marché de l’électricité en France ?
Sur 470 00 sites qui devaient souscrire une offre au tarif du marché, le bilan est jugé « inquiétant » par les participants au débat lors du congrès. Au 30 juin il restait 400 000 sites à basculer. Les participants remarquent le « relatif peu d’appétence » du marché français à passer à la concurrence.

Quel impact de l’ouverture du marché de l’électricité sur les prix ?
Tous les membres du CLEEE (association de consommateurs industriels français) ont choisi un fournisseur et l’ensemble va basculer en offre de marché d’ici le 1er janvier 2016. Ils témoignent de baisses de tarifs de 5 à 10%  avec une compétition moins vive qu’à l’attendu : le site de la CRE présentait  14 répondants potentiels aux appels d’offres et en réalité ils étaient la plupart du temps seulement  4 à répondre. Pour des petites entreprises, il n’y a parfois qu’une seule réponse.


Dans la bataille commerciale que se livrent les fournisseurs, les nouveaux entrants identifient de nombreux clients dont la puissance souscrite est supérieure à leur besoin : les « mal turpés ».  Ils souhaiteraient adapter la puissance souscrite à la baisse pour optimiser le prix de l’abonnement, mais ERDF s’avoue dans l’incapacité de tenir le calendrier de déploiement des changements de fournisseurs dans le cas d’une modification simultanée de la puissance souscrite.

Comment le prix pourrait-il évoluer dans les années à venir ?
Comme les années précédentes, le mode de calcul du prix de l’énergie est au cœur du débat.

Les participants souhaitent affecter les coûts de manière différenciée pour que les prix soient justes. Sur ce point le projet de loi sur la transition énergétique propose de payer le coût du réseau en fonction du profil de consommation des clients (stable, prévisible, anticyclique), ce qui peut justifier une différence de tarif dans le respect du principe d’égalité et de cohésion sociale.

Concernant l’ARENH, le régulateur est interpellé par l’ensemble des acteurs du marché sur la méthodologie d’évolution de son prix et sa durée d’application sans que les participants ne trouvent  de terrain d’entente entre une prolongation de l’ARENH à partir de 2025 (préférence des industriels et fournisseurs) et  une poursuite de son caractère transitoire (souhait de la Commission Européenne).

Comment se positionnent les acteurs du marché sur la Maîtrise de la Demande en Energie (MDE) ?
Au-delà de l’offre de fourniture, le débat a porté sur le marché des services de Maîtrise de la Demande en Energie (MDE). EDF insiste sur sa capacité à aider les clients à maîtriser leur budget par les économies d’énergie. Les PME demandent par la voix du Gesec une concurrence loyale avec les leaders du marché des services énergétiques incarnés par Cofely et Dalkia.

Tous les sites auront-ils opté pour une offre de marché avant le 31 décembre 2015 ?
La CRE, tout en estimant que le marché met du temps à s’ouvrir, a mis au point un dispositif d’offre transitoire au premier semestre 2016, pour les sites qui n’auront pas souscrit une offre de marché avant fin 2015.

Conscients du retard pris dans la souscription d’offres de marché en remplacement des TRV les participants au débat évoquent le nombre de 250 000 sites qui basculeraient en offre transitoire début 2016. Chiffre modéré par le directeur du marché B2B d’EDF indiquant que le passage des clients en offre de marché était en accélération forte depuis septembre 2015.

Que se passera-t-il au-delà du 1er juillet 2016 ?
Il est nécessaire, selon la CRE, d’avoir un dispositif post offre transitoire pour ceux qui n’auront pas opté pour une offre de marché au 1er juillet 2016.  Elle y travaille.

Marché du gaz : prix fixes ou prix variables, le débat continue et le marché évolue

Comment la concurrence s’est-elle installée sur le marché du gaz ?
La concurrence s’est installée sur le marché avec des acheteurs qui n’hésitent pas à solliciter jusqu’à 10 fournisseurs sur certains appels d’offre publics. D’autres critères sont aussi pris en compte par les acheteurs pour limiter la facture : achat au bon moment et optimisation de l’efficience énergétique.

Gaz à prix fixe ou prix variable ?
Les acheteurs ont un avis partagé selon leur maturité. Les prix fixes, plus simples à comprendre et permettant de mieux anticiper les coûts, sont choisis par la plupart des PME/PMI et certaines collectivités souhaitant maîtriser leur budget. Cependant les fournisseurs reconnaissent que les acheteurs sont montés en compétence sur les prix variables. Ils leur accordent un bénéfice de flexibilité et de moindre impact de la date d’achat sur le coût de l’énergie.

CEE : le marché est-il suffisamment transparent ?
Les fournisseurs proposent des dispositifs de Maîtrise de la Demande en Energie éligibles au CEE à leurs clients, renforçant  ainsi leur proximité avec eux. Cependant, un acteur spécialisé dans les économies d’énergie, GeoPLC , soumet au débat le manque de transparence des fournisseurs sur le coût réel des CEE.

Ce n’est pas l’avis des acheteurs, qui préfèrent aujourd’hui à l’unanimité laisser la responsabilité des CEE aux fournisseurs, peu importe l’utilisation qu’ils en font.

Et le biométhane ?
Parmi les objectifs fixés par la loi de transition énergétique, la part des énergies fossiles dans la consommation énergétique de la France devra tomber à 30% d’ici à 2030. Le GRTgaz a de son côté fixé un cap ambitieux, avec un système gazier français entièrement décarboné d’ici 2050. Ce contexte légitime l’injection massive du bio-méthane dans le réseau de transport et de distribution du gaz naturel. Or la France accuse un retard certain par rapport à ses homologues européens que sont l’Allemagne ou la Suisse sur l’injection de bio-méthane dans le réseau de gaz naturel. Sur « la quinzaine de projets majeurs biogaz/biométhane lancés en France, 1 seul consiste à injecter du biométhane dans le réseau de transport de gaz naturel ».

D’après Jérôme Ferrier, Président de l’Association Française du Gaz, la France a du retard car le bio-méthane n’est pas considéré comme une énergie renouvelable et verte, d’un point de vue administratif et fiscal. Il plaide pour la création d’un financement analogue à celui de la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité) pour que le coût « des installations locales de réutilisation du gaz-méthane soit réparti sur tous ».

Les consommateurs de gaz sont-ils prêts à adopter des usages en bio-méthane ?
Les fournisseurs confirment que la demande en biométhane reste faible. Elle ne concerne que quelques collectivités ou entreprises qui souhaitent « verdir » leur marque. A titre d’exemple, le groupe Carrefour a pris la décision de transformer ses déchets en biométhane pour alimenter sa flotte de camions (bien que le surcoût ne soit pas neutre). Mais aucune décision n’a encore été prise concernant la conversion en bio-méthane de l’énergie consommée en magasins.

Article publié le 17/11/2015 et rédigé par Alexandre Bocris, Constance Lemoine, Raphaël Levi, Laetitia Faliere

Retrouvez l’offre de conseil VERTONE du secteur de l’énergie et de l’environnement

Trackback URL: http://vertone.com/le-congres-gazelec-2015-au-fil-des-tweets/trackback/