Face à des enjeux de croissance des activités extra-aéronautiques, de pression sur le foncier, et de diversification des revenus, les aéroports doivent aujourd’hui trouver de nouveaux leviers d’optimisation de leur business model.
L’objectif est à la fois de mieux utiliser l’espace disponible mais également de rendre le modèle plus résiliant. La location de voiture est une composante importante de l’activité extra-aéronautique des aéroports, tant en termes d’espace occupé que de chiffres d’affaires généré. L’installation d’un Car Rental Centre peut donc constituer l’un de ces leviers, s’il est correctement conçu et déployé.
Le Car Rental Centre, qu’est-ce que c’est ?
Un Car Rental Centre (ou CRC) est un espace rassemblant les activités liées à la location de voiture dans un même endroit au sein de l’aéroport, souvent un bâtiment dédié monté sur plusieurs étages. Il vise une mutualisation des opérations inter-loueurs en proposant une chaîne commune de traitement des véhicules (réception, nettoyage, préparation) et de stationnement à l’ensemble des sociétés de location de voitures présentes sur site.
Ce modèle a commencé à se développer dans les années 1990 aux Etats-Unis, où la taille des aéroports et l’usage du véhicule (et donc du véhicule de location) sont plus importants qu’en Europe. Ces CONRAC (pour Consolidated Rental Car Facilities), rassemblent l’ensemble des services de location de voiture, voire de mobilités au global, en un même endroit. Ils permettent ainsi une amélioration de l’expérience client, des flux entre les différents bâtiments, ainsi que la libération d’espace.
Ils peuvent également représenter un levier pour rendre l’activité plus vertueuse, sur un plan écologique (en mettant en place des systèmes de recyclage des déchets ou de réutilisation des eaux usées par exemple) ou économique (en intégrant au même endroit les grands acteurs internationaux du secteur et les petites entreprises locales).
Les CRC se développent depuis plusieurs années en Europe, et l’aéroport de Nice est le 1er aéroport français à avoir déployé son propre modèle, en 2012.
Au-delà des aéroports, le CRC représente un modèle d’optimisation pour l’ensemble des plateformes multimodales, et peut donc être décliné dans d’autres lieux, tels que les gares.

Un modèle opérationnel et financier protéiforme
La répartition des rôles entre les différentes parties prenantes ainsi que le modèle de mutualisation doivent être adaptés en fonction de la situation, des objectifs et des contraintes de chaque aéroport.
Ainsi, si l’aéroport reste commanditaire du projet, il peut déléguer ou partager l’investissement avec un tiers, qui peut alors devenir l’exploitant du CRC. Le montant de l’investissement dépendra du degré de mutualisation choisi, de l’organisation de l’espace voulue, ainsi que du bâtiment qui accueillera le CRC.
En effet, l’aéroport peut faire le choix de réutiliser un bâtiment existant pour héberger cette activité, en le réaménageant pour adapter les infrastructures selon les besoins, ou de construire un nouveau bâtiment dédié.
La mutualisation des installations et des opérations de préparation entre les loueurs peut être totale ou partielle, et déléguée à un préparateur unique ou non. Si un préparateur unique est choisi, la gestion de l’ensemble des zones mutualisées pourra lui être déléguée.
Le modèle financier et les flux entre chaque acteur dépendront donc du modèle de fonctionnement choisi entre chacun des acteurs.
Un modèle avantageux pour les différentes parties prenantes
Mettre en place un Car Rental Centre représente un investissement potentiellement conséquent, notamment pour l’aéroport commanditaire, mais il présente de nombreux avantages. En effet, il permet de réduire l’emprise au sol de l’activité de la location de voitures, et ainsi de réallouer l’espace libéré vers d’autres activités sources de revenu. Mais il permet également de mieux utiliser l’espace dédié à la location et d’améliorer son efficience opérationnelle.
Pour l’aéroport, il peut aboutir à une hausse des revenus, en fonction du modèle choisi. En effet, le CRC doit permettre de proposer une meilleure prestation aux loueurs : places et espaces supplémentaires, installations plus haut de gamme, …, et donc induire une hausse des tarifs pour les espaces occupés.
Côté loueurs, la mise en place d’une organisation de l’espace pensée pour l’activité de location peut participer à l’amélioration de la chaîne des opérations, et permettre de gagner du temps entre les différents maillons de cette chaîne. Ce sera surtout le cas dans les situations où les bases sur lesquelles est réalisée la préparation des véhicules sont éloignées des readylines. Par ailleurs, la mutualisation de certaines opérations entre loueurs, qui peuvent être externalisées vers un préparateur unique, peut permettre une baisse des coûts.
Mais le principal avantage va surtout résider dans l’amélioration de l’expérience client. En effet, créer un CRC consiste à la fois en un travail sur la chaîne d’opération des loueurs et en un travail des parcours client (chemin d’accès, accueil, espaces d’attente, sécurité des lieux, …). Il représente donc une occasion d’améliorer la satisfaction client, grâce à un parcours simplifié, fluide, bien indiqué, et à une prise en charge rapide.
Les facteurs clefs de succès pour la mise en place d’un CRC
Pour assurer la réussite du projet, trois points essentiels doivent être pris en compte :
- La localisation
Elle doit faire sens d’un point de vue loueur et d’un point de vue client pour en tirer un maximum d’avantages. Elle est le point de départ de la conception du projet.
- L’implication des différentes parties prenantes dès les phases de conception
Afin d’assurer la pertinence opérationnelle du projet, il est essentiel d’impliquer le plus en amont possible le préparateur, l’exploitant, mais surtout les loueurs. En effet, il est essentiel de coopérer avec ces derniers pour remporter leur adhésion, faciliter la mise en œuvre et dimensionner correctement le besoin. Par ailleurs, il sera nécessaire de cadrer un fonctionnement projet et une gouvernance claire entre ces différents acteurs.
- La conception sur le long terme
La durée d’exploitation d’un CRC doit s’étaler sur une longue période afin de permettre un amortissement des sommes investies. Cela demande un volume prévisionnel suffisant de véhicules pour rendre le changement de modèle intéressant économiquement et opérationnellement. Il faudra donc penser le CRC en anticipant sur les évolutions à venir sur le marché de la location de voiture (hausse de la proportion de véhicules électriques dans la flotte, hausse de la taille et du poids des véhicules, …)
Conclusion
- Le CRC peut constituer un levier intéressant d’optimisation de l’espace pour l’aéroport, facteur d’efficacité opérationnelle pour les loueurs, et d’amélioration du parcours client.
- Il n’existe pas un seul modèle de CRC, mais des variables à ajuster en fonction des objectifs et des contraintes de chaque aéroport.