Avec plus de 7 000 milliards d’euros d’actifs financiers détenus par les ménages, un plus haut historique, l’épargne des Français connaît de profondes transformations. Reflux des livrets réglementés, retour en force de l’assurance vie, essor des ETF, montée des actifs digitaux : les particuliers arbitrent davantage, recherchent diversification, performance et sens.
Dans ce mouvement, le Private Equity s’affirme comme une nouvelle option d’investissement qui séduit un nombre croissant de Français. Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels, le non coté se démocratise sous l’effet de trois moteurs convergents : innovation produit avec les fonds evergreen, cadre réglementaire favorable (loi Pacte, Industrie Verte, ELTIF 2.0) et intérêt croissant des épargnants.
Présentes aux Dialogues de l’Épargne et du Non Coté organisés par France Invest, les équipes Vertone ont suivi les échanges entre régulateurs (AMF, Trésor) et grands acteurs du marché (Société Générale, Eurazeo, Spirica…).
Pour Vertone, qui accompagne les acteurs des services financiers sur les transformations de l’épargne, le sujet est stratégique : derrière la démocratisation du private equity se jouent déjà des enjeux majeurs de distribution, d’expérience client, de réglementation et de concurrence.
Voici selon nous les principaux enseignements de cette matinée et les conditions de réussite du passage à l’échelle.
Les conditions sont enfin réunies pour démocratiser le private equity
Longtemps freiné par des contraintes réglementaires, des formats de fonds peu adaptés au grand public et des parcours de souscription complexes, le private equity bénéficie désormais d’un alignement de facteurs favorable. Le débat n’est plus de savoir s’il faut ouvrir le non coté aux particuliers, mais comment organiser son changement d’échelle dans de bonnes conditions.
Comme l’a résumé Sophie Paturle, Présidente de France Invest :
“Grâce à la loi Pacte et à la loi Industrie Verte, nous avons posé les fondations. À nous collectivement d’aller plus loin.”
Autrement dit, la phase exploratoire semble derrière le marché. Une nouvelle étape s’ouvre : celle de la structuration durable.
Trois réformes ont changé la donne
Loi Pacte (2019)
La loi Pacte a créé le PER et facilité l’accès des particuliers à des supports investis en non coté au sein des grandes enveloppes d’épargne de long terme, comme l’épargne retraite et l’assurance vie en unités de compte.
Elle a constitué un premier tournant concret en rendant le private equity plus accessible dans les dispositifs patrimoniaux grand public.
Loi Industrie Verte (2023)
La loi Industrie Verte est allée plus loin en rendant obligatoire une part minimale d’actifs non cotés dans la gestion pilotée des nouveaux PER. Le niveau d’exposition varie selon le profil de risque choisi, avec une part plus élevée pour les profils dynamiques.
Le changement est majeur : le non coté ne dépend plus uniquement d’une démarche volontaire du client ou du conseiller. Il commence à entrer automatiquement dans certaines allocations d’épargne retraite.
ELTIF 2.0 (2024)
Le nouveau cadre européen ELTIF assouplit fortement la distribution des fonds investis dans l’économie réelle :
- suppression du ticket d’entrée minimum de 10 000 € ;
- simplification des règles de commercialisation ;
- distribution transfrontalière facilitée ;
- meilleure compatibilité avec les formats evergreen.
L’objectif est clair : rendre les fonds de long terme plus accessibles aux particuliers à l’échelle européenne.
Laura Carrère, Directrice Générale Adjointe d’Eiffel Investment Group, le résumait ainsi :
“ELTIF 2 va dans le bon sens, mais il reste encore du chemin.”
Value for Money : plus de transparence pour accompagner l’ouverture du non coté
Autre sujet évoqué lors des échanges : l’approche européenne dite Value for Money, en cours de déploiement. Elle vise à renforcer la transparence sur les frais, la qualité de service et la valeur réellement apportée aux investisseurs.
Même si elle ne cible pas spécifiquement le private equity, cette évolution devrait favoriser les acteurs capables de démontrer clairement leur proposition de valeur. Un enjeu clé pour diffuser des produits plus complexes auprès d’une clientèle patrimoniale ou grand public.
L’evergreen, innovation produit décisive
Si la réglementation a ouvert la porte, le véritable accélérateur semble être le fonds evergreen.
Pendant longtemps, investir en private equity signifiait souvent immobiliser son capital pendant 8 à 10 ans, avec une période de souscription limitée dans le temps. Les formats evergreen changent cette logique : ils permettent d’entrer de façon plus continue, d’obtenir des valorisations régulières et de disposer, sous conditions, de fenêtres de sortie périodiques.
Ils rapprochent ainsi le private equity des standards attendus par les clients mais aussi les réseaux bancaires et les assureurs, notamment via l’assurance vie.
Valentin Pillet, Responsable des actifs réels chez Société Générale, l’a formulé sans détour :
“Aujourd’hui on ne peut plus ne pas faire d’evergreen pour la clientèle privée.”
En résumé, entre impulsion réglementaire et innovation produit, les conditions de la démocratisation du private equity semblent désormais réunies.
Les particuliers commencent à répondre présents
Les conditions de marché sont réunies, encore fallait-il vérifier que la demande suivait. C’est précisément l’un des enseignements majeurs de la matinée : la démocratisation du private equity n’est plus un scénario théorique, elle commence à se traduire dans les chiffres.
France Invest présentait à cette occasion la troisième édition de son étude sur l’accès des épargnants au non coté, présentée par Simon Pouroy, Directeur des études de France Invest.
Les données 2025 confirment une dynamique nette :
- 14,5 Md€ d’encours retail non coté, contre un peu plus de 11 Md€ fin 2024 ;
- 3,06 Md€ collectés en 2025, soit +8% sur un an ;
- 86% de la collecte via l’assurance vie ;
- >80% des encours logés en assurance vie ;
- 72% des encours en evergreen, contre 62% un an plus tôt.
Le marché progresse donc rapidement, même s’il reste encore modeste rapporté aux encours détenus par les ménages français. À titre de comparaison, l’assurance vie dans son ensemble représente plus de 2 000 Md€ d’encours en France.
Comme le rappelait Laura Carrère, Directrice Générale Adjointe d’Eiffel Investment Group :
“15 milliards, ça peut paraître beaucoup. En fait, par rapport aux encours d’assurance vie, c’est tout petit.”
Anaïd Chahinian, Directrice Générale de Spirica, partageait la même analyse :
Le private equity reste une classe d’actifs de diversification […] Aujourd’hui les clients privilégient d’autres classes d’actifs jugées plus simples et plus lisibles. »
Autrement dit : la tendance est enclenchée, mais le potentiel reste considérable.
Pourquoi les Français commencent à s’y intéresser ?
Derrière ces chiffres, trois raisons apparaissent clairement.
Diversifier hors des marchés cotés
Dans un environnement marqué par la volatilité des actions et des obligations, les investisseurs recherchent de nouvelles sources de diversification, moins corrélées aux marchés traditionnels.
Donner du sens à l’épargne
PME, ETI, innovation, infrastructures, transition énergétique : le non coté offre une lecture plus tangible de l’usage de l’épargne.
Sophie Paturle, Présidente de France Invest, le résumait ainsi :
“Le capital-investissement est le meilleur pont entre l’épargne et l’économie réelle.”
Rechercher de la performance dans la durée
France Invest rappelait également que les fonds historiques de private equity français ont affiché :
“12,5% de TRI sur 10 ans.”
Un niveau de performance qui continue d’alimenter l’attrait de la classe d’actifs, en particulier dans un contexte de baisse attendue des rendements sans risque à moyen terme.
Focus : pourquoi les fonds retail affichent plutôt 5 à 6% ?
La question mérite d’être posée. Si le private equity est réputé performant, pourquoi l’étude France Invest fait-elle ressortir des rendements plus proches de 5,4% en moyenne, et autour de 6% pour les fonds evergreen, qui concentrent l’essentiel des encours retail ?
Le paradoxe est d’autant plus intéressant que les acteurs du marché insistent sur la qualité comparable des actifs sous-jacents.
Luc Maruenda, Partner chez Eurazeo, insistait sur la volonté d’aligner l’offre retail sur celle proposée aux investisseurs institutionnels :
“On donne accès à nos clients privés aux mêmes entreprises, aux mêmes conditions financières et au même moment.”
Alors d’où vient l’écart ?
1. Les métriques comparées ne sont pas les mêmes
Le chiffre de 12,5% correspond à un TRI sur 10 ans de fonds historiques arrivés à maturité. À l’inverse, les 5 à 6% de moyenne observés dans l’étude correspondent à un rendement annuel courant de fonds retail souvent récents.
Or dans le private equity, une part importante de la création de valeur se matérialise dans le temps long, au fur et à mesure des cessions.
Comparer ces deux indicateurs revient donc à comparer deux temporalités différentes.
2. Le format retail impose des contraintes supplémentaires
Les véhicules ouverts aux particuliers doivent intégrer des exigences spécifiques :
- coûts de distribution ;
- fréquence de valorisation plus élevée ;
- dispositifs de liquidité partielle ;
- reporting renforcé ;
- gestion administrative plus lourde liée au grand nombre d’investisseurs
- service client et accompagnement réglementaire renforcés.
Ces coûts peuvent peser sur le rendement net affiché.
3. Une partie des actifs reste investie sur des supports liquides
Pour organiser les fenêtres de rachat, de nombreux fonds evergreen conservent une poche de trésorerie ou d’actifs liquides.
Cela améliore la flexibilité pour l’épargnant, mais réduit mécaniquement la part investie en private equity pur, donc potentiellement la performance globale.
En synthèse, les sous-jacents peuvent être comparables aux institutionnels, mais l’enveloppe retail transforme mécaniquement l’équation rendement / liquidité / simplicité.
Le vrai défi commence : réussir le passage à l’échelle
Ouvrir le marché ne suffit plus. Il faut désormais bâtir un modèle robuste, crédible et durable. Pour changer réellement de dimension, trois défis majeurs se dégagent désormais pour les acteurs du marché : sociétés de gestion, distributeurs et régulateurs.
Valorisation : le sujet central de confiance
Les actifs non cotés n’ont pas de prix de marché quotidien. Or l’assurance vie et les formats evergreen nécessitent des valorisations régulières, parfois mensuelles, afin de permettre les souscriptions, les arbitrages et les rachats.
Valentin Pillet, Responsable des actifs réels chez Société Générale, indiquait avoir constaté :
“Des écarts de valo jusqu’à 15% sur une même ligne dans deux véhicules.”
Pour les distributeurs, le sujet est sensible : difficile d’expliquer à un client pourquoi deux fonds affichent deux prix différents sur un même actif.
Le régulateur l’a rappelé clairement. Pour Sébastien Raspiller, Secrétaire Général de l’AMF :
“La juste valorisation est une priorité de supervision.”
Autrement dit, la qualité des méthodes de valorisation des sociétés de gestion devient un enjeu aussi stratégique que réglementaire.
Autre défi majeur : evergreen ne signifie pas liquidité totale.
Comme le rappelait Valentin Pillet :
“C’est un investissement de long terme avec une option de liquidité.”
La nuance est essentielle pour éviter toute déception client. Les fenêtres de rachat restent encadrées, conditionnées à la situation du fonds et à la disponibilité de liquidités.
Pour les sociétés de gestion, l’enjeu ne relève donc pas seulement de la communication : il consiste aussi à piloter finement la liquidité, calibrer les poches de trésorerie et organiser les flux entrants et sortants sans pénaliser la performance des investisseurs déjà présents.
Concurrence internationale : une pression croissante
La démocratisation du marché, combinée à l’ouverture réglementaire européenne portée notamment par ELTIF 2.0, attire de nouveaux entrants.
Selon les intervenants, les grands gestionnaires américains, paneuropéens ou luxembourgeois renforcent leur présence sur le marché français avec des capacités commerciales importantes, des marques déjà installées et des gammes retail structurées.
Luc Maruenda, Partner chez Eurazeo, le résumait ainsi :
“On voit arriver tous les grands gérants américains.”
Cette concurrence concerne d’abord les sociétés de gestion françaises, mais impactera aussi les distributeurs dans leurs choix de référencement, de gamme et de partenariats.
Pour Sandrine Ménard, Direction Générale du Trésor, cette ouverture doit aussi être lue comme une opportunité :
“Il y a aussi une augmentation de la taille du gâteau.”
En clair : la concurrence s’intensifie, mais elle peut aussi accélérer la profondeur et la maturité du marché.
Conclusion & conviction Vertone : distributeurs, une opportunité à saisir
Pour les distributeurs d’épargne, qu’il s’agisse des banques de détail, des banques privées, des assureurs, des banques en ligne, des courtiers ou des nouveaux acteurs patrimoniaux, la démocratisation du private equity n’est plus un sujet périphérique. Elle devient un enjeu stratégique de développement d’offre, de différenciation et de conquête client.
Plusieurs signaux convergent et plaident pour accélérer dès maintenant l’intégration du private equity dans les offres d’épargne.
- Un cadre réglementaire de plus en plus incitatif. La succession de réformes (loi Pacte, Industrie Verte, ELTIF 2.0, futurs textes européens) montre une direction claire : orienter davantage l’épargne vers l’économie dite “productive”. Tout indique que ce mouvement va se poursuivre. Les acteurs qui s’adaptent tôt seront mieux positionnés commercialement et opérationnellement.
- Une demande client croissante. Les épargnants cherchent davantage qu’un simple placement : ils veulent donner du sens à leur argent, financer l’économie réelle, mais aussi diversifier leur patrimoine et rechercher de nouveaux relais de performance de long terme.
- Un argument de performance à long terme. France Invest rappelait lors de la matinée que les fonds historiques de private equity français ont affiché 12,5% de TRI sur 10 ans. Sans gommer les risques ni l’illiquidité, cet historique reste un argument fort pour enrichir certaines allocations patrimoniales.
- L’émergence et le développement de nouveaux entrants. Des acteurs digitaux spécialisés ou généralistes comme Fundora, Ramify ou Linxea montrent qu’une demande existe lorsque l’offre est lisible et accessible.
- Un levier d’image et de promesse de marque. Pour de nombreux distributeurs, proposer du private equity permet d’incarner concrètement les discours souvent mis en avant autour du soutien à l’économie réelle et des territoires.
Autrement dit : pour les acteurs de l’épargne, la question n’est plus vraiment faut-il y aller ? mais plutôt comment y aller efficacement ?
Les 5 conditions de réussite selon Vertone
1. Développer la pédagogie
Le mouvement d’éducation financière s’accélère en France. Les clients veulent mieux comprendre les produits qu’on leur propose.
Le private equity exige a fortiori un effort pédagogique renforcé : expliquer les horizons de placement, les fenêtres de sortie, les frais, la logique de valorisation et le couple rendement / risque.
Cela suppose des supports adaptés : contenus simples, vidéos, simulateurs, fiches pédagogiques, accompagnement des conseillers, campagnes de communication ciblées, voire nouveaux relais d’influence.
2. L’intégrer à une offre lisible
Les particuliers veulent de plus en plus investir dans des sous-jacents identifiables, et non seulement dans une enveloppe abstraite. La demande croissante pour « les ETF » illustre cette évolution, comme le montre notre étude dédiée aux ETF.
Dans les contrats d’assurance vie ou les parcours patrimoniaux, la lisibilité devient clé : allocation claire, rôle de chaque support, pourcentage investi selon les profils, bénéfices attendus et horizon associé.
3. Bien segmenter les clientèles
Le marché s’élargit fortement : clientèle patrimoniale, clients mass affluent, épargnants autonomes digitaux, voire particuliers entrant progressivement dans l’investissement via de petits tickets.
Ces publics n’ont ni les mêmes attentes, ni les mêmes freins, ni les mêmes canaux de contact.
Les acteurs performants seront ceux capables d’adapter messages, parcours, niveau d’accompagnement et proposition de valeur selon les segments visés.
4. Moderniser le modèle de distribution
Sur des produits plus complexes comme le private equity, le bon modèle sera hybride : digital quand c’est simple, humain quand c’est nécessaire.
Les clients attendent une souscription claire, rapide et fluide en ligne, tout en conservant la possibilité d’un conseil humain au bon moment : arbitrage patrimonial, pédagogie, réassurance ou allocation.
5. Maîtriser l’exécution opérationnelle
Valorisation régulière, gestion de la liquidité, qualité du service client, conformité, reporting : à mesure que le marché grandit, l’excellence opérationnelle devient déterminante.
La promesse commerciale ne tiendra que si l’exécution suit.
Notre conviction chez Vertone
La démocratisation du private equity n’en est encore qu’au début. Elle devrait continuer à accélérer dans les prochaines années sous l’effet combiné de la réglementation, de la demande client et de l’innovation produit.
Notre présence à cette matinée France Invest s’inscrit dans cette lecture du marché : les distributeurs qui prendront de l’avance seront ceux capables d’orchestrer simultanément offre, pédagogie, segmentation, distribution omnicanale et excellence opérationnelle.
Comme souvent dans l’épargne, ce ne sont pas seulement les meilleurs produits qui gagneront, mais les meilleurs modèles de distribution.
Vertone accompagne banques, assureurs et autres acteurs financiers sur ces enjeux de transformation de l’épargne, d’expérience client, de distribution et d’innovation business. Si ces enjeux résonnent avec vos priorités, nous serons ravis d’échanger de manière simple sur vos ambitions, vos questionnements ou vos projets en cours.
Les équipes Vertone accompagnent les acteurs des services financiers sur les enjeux de transformation de l’épargne, de distribution, relation client et d’innovation produit.