23/01/18

CES 2018 – Smart city, portrait de la ville de demain

Décryptages

Difficile de passer à côté des innovations autour de la « Smart city » au CES 2018. En quelques mots, il s’agit d’utiliser la technologie de manière responsable pour proposer aux citoyens des services connectés améliorant la qualité de vie dans la ville. VERTONE vous livre le tableau d’un futur pas si lointain.

Des services citoyen-centriques

En mettant le citoyen au centre de la réflexion, les nouvelles technologies peuvent améliorer l’ensemble des lieux de vie : commandes vocales au domicile, capteurs pour mesurer la qualité de l’air, lampadaires connectés pour optimiser l’éclairage, caméras intelligentes pour identifier les situations problématiques, véhicules autonomes pour fluidifier les déplacements, démocratie participative / e-administration…

De l’énergie au transport (premier secteur représenté lors de cette édition), en passant par l’immobilier, la sécurité ou l’environnement, toutes les dimensions de la ville sont concernées !

Illustration replaçant le citoyen en son cœur de la ville

La data au cœur des nouvelles technologies

Les technologies sous-jacentes à la smart city ont toutes comme dénominateur commun la data, permettant de faire le pont entre physique et digital.

La blockchain ouvre une infinité d’usages, avec un degré de sécurisation supérieur à l’Internet que nous connaissons, notamment pour des applications transactionnelles (achat, voyage, santé, …), parce que traçable, et – a priori – infalsifiable.

Les nouvelles générations de capteurs et les smart grids permettent de récupérer l’information contextuelle du terrain. En parallèle, la quantité de dispositifs connectés interagissant avec l’utilisateur (objets du quotidien, bâtiments, transports…) et les initiatives de crowd-sourcing ne cessent d’augmenter. Et l’avènement prochain de la 5G devrait décupler les capacités de captation des données de l’écosystème urbain.

En se basant sur ces données, le big data combiné avec l’intelligence artificielle pourront alors exprimer pleinement leur potentiel : reconnaître et prédire des tendances, dialoguer avec les citoyens, personnaliser les services, et surtout, avoir bénéficier d’une vue globale pour mieux piloter la ville.

Un écosystème de mutualisation

La mise à disposition des services de la smart city soulève des enjeux dépassant le cadre technologique : Comment sécuriser et interconnecter les différents services ? Qui est propriétaire des données collectées ? Comment distribuer le service en n’excluant personne ? Qui en porte la responsabilité ? Quel business model soutenable adopter ?

Autant de questionnements qui nécessitent une approche coordonnée, voire standardisée, où chaque maillon de la chaine tirerait profit de l’ensemble de l’écosystème.

Commercialement, un cadre commun de mise à disposition des services simplifierait les démarches de mise sur le marché et les aspects juridiques associés. Technologiquement, la rationalisation de ressources partagées permettrait de réduire les coûts de développement et de bénéficier de la sécurité d’un système industrialisé.

Une gouvernance plurielle

Pour atteindre cette cible, la ville devra adopter un positionnement visionnaire, en gardant en ligne de mire la facilitation des initiatives disruptives et s’affranchissant des modèles historiques de développement. Le pas pour l’assemblage d’un tel écosystème variera en fonction de la taille et des contraintes de la ville, ainsi que du degré de sensibilité à l’innovation de ses élus et de l’agilité de ses partenaires.

Les différentes strates de gouvernance territoriale auront un rôle dans le dispositif, à commencer évidemment par la ville qui pourra se positionner en chef d’orchestre. Pour construire les villes durables de demain, une collaboration avec les acteurs de l’innovation (universités, instituts de recherche, industriels, start-ups…) sera néanmoins indispensable. Cela passera par des partenariats publics / privés fondés sur un business model pertinent à l’échelle locale et potentiellement scalable à l’échelle d’autres territoires (quartiers, villes, régions, pays…).

Toronto, ville pilote et fer de lance

Au Canada, la ville de Toronto fait figure d’exemple inspirant. Pour faire face à la pénurie de logement qu’elle connait, la ville a déjà commencé à réaménager le quartier du Waterfront. L’un des principaux partenaires est SideWalk Labs (issue de la galaxie Alphabet, maison mère de Google). Cette organisation associe techniciens, urbanistes et citoyens pour repenser les rives du lac Ontario (cf. vidéo).

Fruit d’une Joint Venture entre pouvoirs nationaux, régionaux et municipaux, le coût total du projet dépasse le milliard de dollars, et devrait ouvrir la voie à des projets à plus grande échelle à partir de 2020. En effet, la grande majorité des innovations qui y seront expérimentées sont réplicables dans d’autres villes.

Illustration du quartier du Waterfront à Toronto

La course est lancée !

D’autres villes multipliant les smart initiatives sont Singapour (réduction de l’usage de la voiture), Barcelone (optimisation des espaces publiques et de la circulation via des capteurs), Londres (démarche intelligente participative), San Francisco (ouverture des données municipales) ou Oslo (réduction de la consommation électrique). En France, les villes les plus avancées sont Lyon, Lille, Nantes et Montpellier, connues pour leurs innovations en matière d’open data, bâtiments intelligents et mobilité connectée.

Reste à savoir si les industriels et start-ups français réussiront à se positionner durablement sur le marché avant que d’autres acteurs s’en emparent.