By: admin On: juin 18, 2013 In: Energie & Environnement Comments: 0

Longtemps considéré comme le château d’eau du Moyen Orient, avec des précipitations annuelles moyennes variant entre 800 et 1000 mm, le Liban dilapide son eau au moment où la sécheresse gagne du terrain chez ses voisins. L’eau de ce petit pays « dévale les pentes, roule et rebondit sur des parcours sinueux et des gorges profondes, laissant dans la nature des parfums subtils, des chuchotements gais et tumultueux et des bourdonnements complices ». L’écoulement de l’eau vers la mer se fait rapidement à cause de la verticalité du relief ce qui réduit son apport utile. Toutefois, le manque d’infrastructures adéquates demeure la principale source de gaspillage de l’une des principales richesses du Liban.

Quelques éléments de constat aujourd’hui

Seules 10% des ressources en eau du pays sont exploitées, plus de la moitié de l’eau de pluie est gaspillée et près de 40% de l’eau est perdue dans les canaux de distribution à cause du manque d’entretien des réseaux d’adduction.

A ces quelques chiffres vient s’ajouter un niveau de pollution alarmant qui dégrade progressivement la qualité de l’eau souterraine et en surface. Les 2000 rivières et les 40 fleuves qui traversent le Liban ainsi que les nappes phréatiques sont tous pollués à cause des activités agricoles et industrielles et à cause des lacunes en matière d’évacuation d’eaux usées et du traitement des déchets physiques de toute sorte.

A ces réalités déplorables vient s’ajouter un immobilisme politique qui bloque la modernisation du secteur de l’eau :

  • Investissements insuffisants
  • Gâchis des moyens financiers
  • Cadre législatif inadéquat
  • Mal répartition des projets entre les régions
  • Une grande dispersion des rôles et des fonctions entre plusieurs administrations et acteurs

Par ailleurs, dans sa stratégie décennale (2000-2010) reconduite jusqu’en 2018, le ministère de l’Energie et des Ressources hydrauliques a prévu 18 barrages pour remédier au déficit en eau du pays. A part l’accroissement des capacités de stockage, ces différents projets visent également à accroitre la production de l’électricité à partir de l’énergie hydraulique ; une énergie faiblement utilisée jusqu’à présent : juste 13% de la production totale d’électricité au Liban est générée à partir de centrales hydroélectriques. Toutefois, 11 ans après, un seul un barrage d’eau a été finalisé et les aberrations dans le secteur sont multiples :

  • La collecte des factures d’eau ne couvre que 40% des usagers
  • Seulement 58% des eaux usées sont traitées
  • 12 lacs artificiels destinés à l’irrigation sont prévus depuis plus de 10 ans et aucun n’a pu voir le jour jusqu’à présent
  • 78% des ménages sont raccordés au réseau public d’alimentation en eau avec des coupures de service de plusieurs heures par jour

Face à la déficience du secteur public à répondre aux besoins en eau de la population libanaise, un marché privé s’est développé. Les foyers libanais ont ainsi recours aux prestataires privés à hauteur de 75% de leurs dépenses annuelles en eau. Certes, cela constitue un coût financier considérable pour les ménages mais le développement de ce vaste marché parallèle pose un sérieux problème pour la pérennité des nappes phréatiques. En effet, le pompage excessif et le puisement anarchique n’obéissent pas aux lois en vigueur concernant la profondeur des puits et la capacité d’exploitation journalière.

L’ensemble de ces dysfonctionnements dans l’offre sont d’autant plus graves que la demande en eau est en continuelle augmentation. L’évolution prévue de la demande annuelle en eau est estimée à près de 64% pour les particuliers et l’industrie et à 14% pour l’agriculture d’ici l’année 2020.

Ainsi, si dans le passé cette ressource a paru suffisante, voire même abondante, la situation actuelle n’est plus tellement rassurante. Les investissements en infrastructures hydrauliques sont urgents et le ministère, principal acteur du secteur, en est bien conscient.

Des principes directeurs d’une stratégie revisitée, aux multiples facettes

A la lumière de ces constats, la stratégie du ministère lors de la rénovation de la stratégie décennale, a été élaborée suivant les principes suivants :

  • L’eau doit être assurée à toute la population en quantité et qualité
  • L’eau doit pouvoir irriguer le maximum de surfaces cultivables à des tarifs raisonnables afin de:
    • Garantir un niveau optimal de sécurité alimentaire
    • Réduire les dangers de désertification
    • Préserver l’équilibre des écosystèmes
    • Développer l’économie nationale
    • Maintenir les populations rurales dans leurs villages
  • L’eau doit être fournie aux industries dans les meilleures conditions afin d’encourager leur implantation sur tout le territoire libanais  qui leur sont réservées

Cette stratégie est structurée suivant deux axes principaux : l’infrastructure et le management.

Pour l’infrastructure les objectifs se situent à 3 niveaux :

  • La production: maximiser le potentiel des eaux de surface et optimiser leur utilisation, améliorer la gestion des nappes phréatiques et les protéger, combler les déficits d’offre par le stockage des eaux
  • La transmission et la distribution : élargir le réseau de distribution, assurer une alimentation continue en eau pour les foyers, minimiser les fuites, irriguer le maximum de surfaces cultivables à des tarifs raisonnables et avec des techniques modernes d’irrigation
  • Le traitement des eaux usées : élargir la couverture géographique du traitement, accroitre les capacités des sites de traitement déjà existants et optimiser les processus

Les objectifs relatifs au management dans le secteur de l’eau se regroupent en 5 catégories :

  • Institution et organisation : assurer la coordination des chantiers entre les différents acteurs, se focaliser sur l’optimisation de l’irrigation dans le secteur agricole, accélérer les procédures administratives, renforcer les capacités techniques des acteurs
  • Finances: mettre en place un nouveau système de tarification, promouvoir le rôle du secteur privé dans le management des projets, contrôler les dépenses
  • Réglementation : moderniser les lois pour l’implantation des projets, renforcer la l’inspection et la police de l’eau
  • Environnement : répondre aux exigences mondiales en matière de développement durable, améliorer la qualité de l’eau, protéger les zones de recharge
  • Sensibilisation : mener des campagnes pour pousser les citoyens à prendre conscience de l’importance à préserver l’eau et à utiliser des dispositifs de plomberie modernes qui réduisent le gaspillage

Selon la Banque Mondiale, le coût de l’inaction au niveau de l’offre dans le secteur de l’eau au Liban s’élève à 1,8% du PIB. Il atteint les 2,8% si on lui inclut le coût de la dégradation de l’environnement causé par les eaux usées non traitées.

De nombreux projets à mener, couvrant tous les domaines

En vue de réaliser ces différents objectifs, les projets à mener sont nombreux et variés :

  • Stockage: Construction de 17 barrages d’eau et d’une dizaine de lacs artificiels qui permettront de mobiliser 880 millions de m³ d’eau additionnels par an pour une valeur totale estimée à 1,3 millions dollars.
  • Transmission: réhabilitation du réseau de distribution et son élargissement de 9600 Km
  • Assainissement: construction de 16 stations d’épuration pour atteindre un taux de traitement des eaux usées de 80% en 2015
  • Organisation: renforcer les ressources humaines dans les institutions du secteur ; le ministère et les offices d’eau des différentes régions devraient employer 4050 personnes au lieu de 1342 actuellement
  • Finances: révision des tarifs et l’installation de techniques modernes de facturation. L’objectif étant de mettre en place une facturation volumétrique, non plus forfaitaire pour 75% des usagers d’ici 2015
  • Légal: ratification du Code de l’eau initié par la France qui vise à mieux gérer la ressource en eau, à renforcer la réglementation et à clarifier le rôle des acteurs et leurs interfaces. Ce document rassemble toutes les lois permettant une gestion cohérente et intégrée des différents projets à mener et plaide pour l’établissement d’un Conseil National pour l’Eau.

Il est vrai que depuis longtemps l’eau n’était pas, et ne devait pas être, pour des raisons, de droit, d’équité, ou de religion, un bien économique. Mais, de nos jours il ne faut pas ignorer la dimension économique de la rareté de l’eau surtout dans une région en proie à l’aridité comme celle dans laquelle baigne le Liban, où les futurs conflits auront pour enjeu principal le contrôle des ressources hydriques. Le Liban dilapide son eau depuis des décennies déjà. Il est temps de réformer le secteur suivant une stratégie qui met en place les infrastructures adéquates et en assure une gestion pérenne. Une des clés de succès reposera sur la bonne gouvernance dans l’instruction des projets, avec des cadrages amont exhaustifs permettant d’aboutir à des consensus et un pilotage serré dans la mise en place des projets.

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