26/10/20

SNCF – Ouverture du marché ferroviaire : où en sommes-nous ?

Avec le regain d’intérêt du train pour les Français, il y a un sujet dont on parle peu dans l’actualité, mais qui sonne comme une révolution en France : celui de l’ouverture du marché ferroviaire français pour le transport de passagers. Si les circulations transfrontalières sont ouvertes depuis 2009, c’est seulement depuis 2016 qu’est prévue l’ouverture du marché sur le territoire français, la France faisant partie des derniers pays Européens à ouvrir le sien. Ainsi, la SNCF qui était jusqu’ici en situation de monopole depuis sa création en 1938 ne sera donc plus la seule entreprise à opérer sur les lignes françaises.

Dans un contexte dominé par la crise sanitaire, VERTONE fait le point sur les acteurs qui ouvrent leurs marchés, ainsi que sur les candidats qui se positionnent pour venir concurrencer la SNCF sur 3 segments :

  • Lignes à grande vitesse (LGV, lignes longue distance).
  • Trains d’équilibre des territoires (TET, lignes courte / moyenne distance) dont l’État est l’Autorité Organisatrice (AO).
  • Transport express régional (TER, lignes courte distance) qui est régit par des conventions passées avec les Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM) que sont les régions.

Rappel du calendrier de l’ouverture du marché ferroviaire

Malgré la crise sanitaire, la libéralisation du rail français se poursuit et s’inscrit dans un calendrier qui s’étale sur plusieurs années :

  • Décembre 2019 : les autorités organisatrices (État, Régions) peuvent lancer des appels d’offres pour leurs marchés conventionnés.
  • Décembre 2020 : les lignes grande vitesse deviennent accessibles (« open access »), en dehors de celles soumises à une convention territoriale.
  • Décembre 2023 : les AO (État, Régions) ont l’obligation de lancer des appels d’offres à la fin de leurs contrats d’exploitation.

Les autorités organisatrices continuent d’émettre leurs appels d’offres afin de sélectionner les opérateurs qui exploiteront les rames qu’elles subventionnent, et ainsi respecter le calendrier. En revanche, du côté des opérateurs de transport du segment Grande Vitesse, les impacts sont plus palpables car leur santé financière s’est fragilisée depuis le confinement. En effet, certains acteurs ont annoncé des retards, voire des renoncements. Mais la crise du coronavirus n’a pas découragé tous les acteurs : l’ouverture à la concurrence aura bien lieu.

Enfin, rappelons que cette ouverture concerne deux types de marchés :

  • Les marchés Open Access, qui concernent majoritairement des lignes à Grande Vitesse. Plusieurs opérateurs différents seront autorisés à les exploiter.
  • Les marchés conventionnés, où les AO choisiront un seul opérateur pour tout ou partie de leur réseau.
VERTONE cabinet de conseil secteur transport mobilité
Le calendrier d’ouverture à la concurrence – VERTONE

Ouverture des Lignes Grande Vitesse (LGV)

Les Lignes à Grande Vitesse n’entrent pas dans un contrat de service public : tout opérateur peut être autorisé à les opérer. Actuellement, les LGV sont confiées à SNCF Voyageurs, et des opérateurs privés pourront la concurrencer dès début 2021.

Quels sont les marchés ouverts ?

La concurrence est susceptible de s’exercer sur l’ensemble du territoire, mais en particulier sur les axes les plus rentables tels que : Paris – Lyon, Paris – Lille, Lyon – Marseille, et Paris – Bordeaux.

Devenu le pivot du système ferroviaire (en charge des péages et de l’attribution des sillons horaires), SNCF Réseau est en pourparlers avec deux autres opérateurs ferroviaires, selon Jean GHEDIRA, ex-Directeur Général Clients et Services SNCF Réseau.

Quels sont les acteurs qui se positionnent sur le marché LGV ?

Les acteurs qui souhaitent se positionner sur des LGV est un secret bien gardé. En mars 2019, Guillaume PEPY, alors PDG du Groupe SNCF, assurait ne pas savoir qui sont les deux prospects de SNCF Réseau.

Mais il s’agit très probablement de :

  • L’Italien Thello (Trenitalia) qui souhaiterait se positionner en France sur les lignes Paris – Lyon et Paris – Bordeaux, en plus des lignes transfrontalières Paris – Milan et Paris – Bruxelles. Une arrivée visiblement retardée, car Trenitalia avait annoncé en 2019 son ambition d’entrer sur Paris – Lyon – Milan en juin 2020. Le projet aurait été retardé à la fois en raison des grèves SNCF (décembre et janvier 2019) mais aussi en raison de la pandémie.
  • L’Espagnol RENFE, qui se positionnerait avec une offre grande vitesse low-cost dans le sud-est de la France notamment entre Lyon et Marseille.

Les Trains d’Équilibre du Territoire (TET)

Les Trains d’Equilibre du Territoire (TET) sont des lignes aujourd’hui opérées par Intercités, la marque commerciale de SNCF Voyageurs, dans le cadre d’une convention avec l’État qui joue le rôle d’AO.

Quels sont les marchés ouverts ?

L’État a décidé d’ouvrir le marché et de lancer 2 appels d’offres pour les lignes Nantes-Bordeaux et Nantes-Lyon, pour un début d’exploitation en 2022. Les 8 autres lignes seront d’abord rénovées avant un futur appel d’offre.

Quels acteurs se positionnent sur le marché TET ?

Selon La Tribune, un seul candidat sera retenu pour ces deux lignes. Parmi les postulants : SNCF Voyageurs qui propose de prendre sa propre succession pour conserver ses parts de marché, et Arriva qui est une société Anglaise du groupe Allemand Deutsche Bahn AG.

Railcoop a également annoncé à l’Autorité de Régulation des Transports (ART) son intention de faire rouler des trains de passagers en 2022, et d’adresser des lignes abandonnées par la SNCF. Selon sa Directrice Générale, Alexandra DEBAISIEUX, l’ambition de Railcoop est de « reconnecter les territoires notamment là où il n’y a pas de train ».

Un temps identifié comme potentiel candidat, Transdev ne répondra finalement pas. L’opérateur allemand Flixtrain n’est pas intéressé par ces lignes mais plus par celles qui seront proposées plus tard au départ de Paris.

Ouverture des Transports Express Régionaux (TER)

Les trains régionaux sont des lignes subventionnées ou conventionnées, dont les régions sont les AOM. Ces lignes sont actuellement opérées par TER, la marque commerciale de SNCF Voyageurs. Des appels d’offres pour confier des lignes à un autre opérateur que la SNCF ont déjà été lancés par certaines régions.

Quels sont les marchés ouverts ?

5 régions sont particulièrement avancées dans le processus d’ouverture de leur marché :

  • La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a lancé un appel d’offre en mars 2020 sur les lignes Marseille – Toulon – Nice. L’opérateur choisi pourra exploiter cette ligne et délivrer ses services en 2025. Un second lot concerne l’Étoile ferroviaire niçoise (lignes qui desservent Les Arcs – Nice – Vintimille, Cannes – Grasse et Nice – Tende) qui représente près de 50% de la fréquentation du réseau régional et qui pourra être exploité par un nouvel acteur en 2024.
  • Les Hauts-de-France suivent le mouvement en proposant par appels d’offres 20% de ses lignes aujourd’hui exploitées par les TER. Ces appels d’offres ont été lancés à l’automne 2020, la région déclare vouloir faire rouler les premiers trains en décembre 2022.
  • Le Grand Est a également identifié 3 lots de lignes qui feront l’objet d’appels d’offres.
  • Les Pays-de-la-Loire et l’Île-De-France entreront dans la danse en 2021 en lançant à leur tour des appels d’offres.

Parmi les 8 autres régions, 7 ont peu ou pas avancé dans le processus d’ouverture de leur marché. La Corse est un cas particulier puisque la SNCF n’assure plus le service commercial de son réseau depuis 2012 déjà. En effet, l’exploitation a été confiée à une société d’économie mixte (SEM) constituée à cet effet.

quels sont les acteurs qui se positionnent sur le marché TER ?

Différents opérateurs ont annoncé vouloir se positionner sur certains marchés :

En conclusion

L’ouverture du marché ferroviaire français pour le transport de passagers sera très progressive, étant donné la taille des marchés qui seront ouverts : la région Hauts-de-France va ouvrir 20% de son offre, quand d’autres acteurs proposeront quelques lots de lignes.

Côté opérateurs, ceux qui se sont déclarés intéressés veulent se tester mais aussi expérimenter l’ouverture du marché et « le premier qui va réussir à le faire créera un appel d’air » selon le Directeur Général Clients et Services de SNCF Réseau (La Tribune, mars 2019). Cependant, seules les entreprises particulièrement solides pourront se lancer dans une telle aventure, dans le contexte économique actuel. En effet, la pandémie complique la situation de ces potentiels entrants, qui devront lever d’importantes barrières à l’entrée sur le marché français : disposer et homologuer leur matériel roulant (excepté pour les segments TET et TER, car le matériel roulant est dans la plupart des cas mis à disposition par l’AO, ou fait l’objet de subventions d’investissement), mettre en œuvre leur réseau de distribution de billets, recruter et former le personnel opérationnel, assurer la reprise des personnels existants, mettre en œuvre un plan marketing pour se faire connaitre, construire des dépôts ou réussir la coactivité avec SNCF Voyageurs dans les dépôts existants… L’enjeu pour la SNCF sera de conserver un maximum de parts de marché en France, en répondant aux appels d’offres.

Enfin, n’oublions pas les clients voyageurs qui seront largement impactés par l’ouverture de ces marchés. Dans un prochain article à paraître, VERTONE vous livrera son analyse des impacts clients occasionnés, et qui devront être adressés par les nouveaux entrants pour conquérir les marchés et se différencier.

Un article rédigé par Pierre-Olivier Bertrand et Anaïs Gauthier